Réflexion : EXISTE -T-IL UNE PHILOSOPHIE AFRICAINE?
FIVE SENSES, © A.MPEKE, 2003
Réflexion : EXISTE -T-IL UNE PHILOSOPHIE AFRICAINE?
Ce document est une contribution de KOM Bernard, Enseignant de Mathématiques, Chercheur Indépendant
Douala - Cameroun
kombernar@yahoo.fr
Voilà une problématique qui jusqu'alors est restée assez vivante dans l'univers global de la pensée philosophique de ces dernières décennies. Suscitant toujours davantage d'engouement, cette question a proliféré au fil des ans des controverses géantes et des affrontements idéologiques parfois intenses entre divers courants de pensées, qu'ils soient africains ou non.
Si une telle question est si souvent remise à l'ordre du jour, si elle comporte par ailleurs un certain enjeu idéologique que l'on imagine pour l'avenir mental de continent africain, pourquoi ne pas émettre, par la présente, une réflexion supplémentaire ?
Une démarche d'analyse de ladite problématique consisterait, par exemple, en une réflexion préalable sur la nature fondamentale de la pensée, en une remise en question des thèses pessimistes, suivies, d'une évocation de quelques appréhensions africaines notables à cet égard, et d'un regard sur le présent.
La philosophie comme plongée dans la mer métaphysique cessera-t-elle jamais d'interroger l'humain? Philosopher, qu'est-ce donc, sinon l'art de penser? Oui, penser la nature humaine et ses mystères, penser l'univers dans ses différents aspects .Penser, penser et penser encore, n'est-ce pas là, la gymnastique fondamentalement caractéristique du philosophe ?
Si l'art de la Philosophie est si allié à celui de la pensée, cela ne légitime-t- il pas assez l'idée de ramener une question philosophique à une question de pensée ? Certains humains, dont les Africains, seraient-ils par nature inaptes à penser ? Est-ce tout à fait vraisemblable pareille réflexion ?
Une pensée, dans son essence, se trouve être une chaîne plus ou moins harmonieuse d'idées produites par l'esprit humain, une émanation libre du moi supérieur. Une pensée peut, de ce fuit, s'assimiler à un assemblage réglable d'enfilés on de particules spirituelles, qui s'opère très librement dans le mental de l'humain, et de tout humain. De part cette nature impalpable, supérieure, abstraite et naturelle, de la pensée, mérite-t-elle que certains l'enferment dans le concept espace-temps ? Est-il objectif de renier toute activité pensante à tel peuple parce qu'il est du passé ou à tel autre parce qu'il réside en tel lieu ? Ne serait ce pas pour ceux-là une tentative, malheureusement maladroite, de s'approprier, de nationaliser une donnée universelle, indépendante, incontrôlable et même divine ? Pourquoi vraiment tiennent-ils à revêtir forcément la philosophie, dame céleste, d'un boubou racial, comme déjà d'aucuns ont toujours tenté de le faire pour l'intelligence humaine vis-à-vis des Noirs ? Comment considérer la pensée comme le privilège d'un peuple ou d'une époque ?
La pensée n'a-t-elle pas toujours été et ne sera-t-elle pas toujours ? Mieux encore, et cela doit être clair, comme l'intelligence, la créativité ou 'toute autre faculté mentale en générale, la pensée n'a pas de nationalité, et sa force est sans rapport quelconque avec la couleur de peau. Même la cellule nerveuse qui constitue l'élément physique moteur dans l'art de penser n'est pas de couleur, et sa puissance nullement dépendante de la race du sujet. Nulle science objective n'a véritablement prouvé le contraire et peut-être gagnerait-on à en rester là, étant entendu que toute navigation à contre courant serait probablement trop aventureuse, subjective, floue et même intellectuellement périlleuse.
Il est ainsi donné à tout humain, comme un droit naturel, de devenir, moyennant une simple prise de conscience, un homme neuronal, un être pensant' un philosophe plein. Les facultés humaines, quelles soient mentales ou spirituelles ne sauraient être, ni une exclusivité régionale, ni même des données figées (même si d'aucuns croient au Q.I., Quotient Intellectuel) , mais bien plutôt des valeurs sujettes à des fluctuations . Le philosophe Claude Bernard n'exprimait-il pas déjà que « chaque humain est juste aussi intelligent qu'il veut » ?
Si enfin, l'examen de la nature intrinsèque de la pensée vient à troubler les thèses opposées à l'existence d'une philosophie africaine, qu'en est-il ensuite de la remise en question de ces propres thèses ?
Face à des assauts quelques fois acharnés à refuser toute philosophie africaine ( HEGEL,HEIDEGGER etc...) l'on ne peut s'empêcher de redouter la bonne foi des idéologues concernés.
N'est-ce pas prétentieux de s'ériger soi-même en maître exclusif de la philosophie? Et si pareille subjectivité était simplement guidée par le désir classique d'assurer un contrôle continu des consciences africaines ? Quand l'on sait que l'Afrique a subi trois siècles d'esclavages et plusieurs décennies d'un colonialisme sur mesure, et qu'elle est en proie permanente à un néocolonialisme toujours plus raffiné, l'on réalise la nécessité probable d'oeuvrer dès lors pour une autre indépendance africaine ; l'indépendance philosophique . Qu'il sont durs et malvenus leurs propos !
Levy -BRUHL trouve en le Noir une mentalité prélogique, une absence de raison, un entendement limité quant à comprendre le langage conceptuel, et par conséquent une incapacité à philosopher. Comment un être moitié humain, et donc animal, irait-il philosopher, selon lui ?
HEGEL dans la même envolée, réduit le Noir à la sauvagerie et l'animalité, à un être sans raison, ahistorique, à une enfance éternelle, plongée dans la couleur noire de la nuit noire.
Et comme si cela ne suffisait pus, HEIDEGGER enchaîne que la philosophie étant de source hellène, il ne saurait y avoir de philosophie en dehors de ce foyer géographique, tout à fait autant que le poète président africain attribua la raison à l'hellénisme lorsqu'il ramena le nègre à l'émotion.
Ces thèses sont assez fluides, et il est un peu déplorable qu'elles fassent encore fureur dans la contemporaneité philosophique, car les travaux titanesques du Pr CHEIKH ANTA DIOP les obligent bien malheureusement à la désuétude. Si ce dernier est parvenu aujourd'hui à démontrer que l'Homme est né en Afrique et que d'autres chercheurs à sa suite tels que le Dr Robert AKAMBA (Adam et Eve étaient noirs, Jésus Christ est un Africain) ou le généticien Français Gérard LUCOTTE (Eve était noire) le confirment d'une façon ou d'une autre, cela est tout de même une preuve suffisante que l'Homme noir n'est pas ahistorique et qu'il est d'ailleurs au début de l'histoire humaine.
De plus, si la philosophie et la mathématique sont nées en Egypte ( pour se limiter à cela ) toujours selon l'œuvre du Pr CHEIKH ANTA DIOP, y a-t-il fort à faire pour déduire que la pensée et la raison, loin d'être étrangères, sont plutôt originellement nègre ? Donc, la raison fut nègre, puis hellène, et enfin mondialement partagée. Descartes n'atteste-t-il pas d'ailleurs cette « mondialité » de la raison, comme étant « la chose du monde la mieux partagée » ?
D'autre part, une thèse admirable de défense est celle émise par sa sagesse AMADOU HAMPATHE BA , au cours d'une assemblée générale de l'UNESCO à Paris ; «chaque fois qu'un vieillard meurt en Afrique, c'est une bibliothèque qui brûle ». Aussi avait-il précisé au préalable, que l'occident confondait l'écriture et le savoir. Voilà exprimé en parabole, un argument de poids en faveur d'un savoir africain . Comme quoi, l'oralité (africaine ) n'est nullement la négation du savoir , mais bien plutôt le lit originel de celui-ci contrairement à l'écriture (occidentale)qui n'est que « la photographie du savoir »,ou encore « un puits qui reçoit ses eaux du dehors », pour reprendre lés termes de cet illustre homme.
Alors, est-ce bien sensé de douter continuellement de l'existence d'une philosophie (orale) africaine, dans les programmes scolaires ? L'absence d'écriture, donc de manuels vulgarisés doit-elle logiquement s'interpréter telle une absence de philosophie africaine ?
Par ailleurs, mise à part la brillante civilisation pharaonique africaine, l'Afrique de l'ouest a été entre le treizième et le seizième siècle de notre ère, le siège de grandes universités africaines où furent distillées, par de grands maîtres , les mathématiques , l'astronomiejes sciences ésotéricues, la poésie etc...-Tombouctou (Mali), comme le prouve SALEM OULD DJHAR ( Tombouctien chercheur et dépositaire, entre autres, de cette connaissance), abrite de nos jours des manuscrits témoins de cette époque d'une pensée africaine florissante. Est-ce un hasard ou un don gratuit que Tombouctou soit considérée « ville du proverbe » ? Une visite à TOMBOUCTOU ne serait-elle pas plus édifiante tout simplement ?
A la fin, le combat pour la légitimation d'une philosophie africaine n'est - il pas purement dénué de sens réel, si tant de données historiques ou présentes attestent déjà objectivement le fait ?
Il faut dire que les siècles d'esclavage, doubles des décennies de colonialisme ont contribué sur toute la ligne à raser la substance grise du nègre. Une si longue période de pillage et d'esclavage mental vis-à-vis d'un peuple constitue une véritable dévastation, strictement au moins comparable à celle de bombes atomiques, encore qu'une telle dette n'ait jamais connu réparation. Il a été question, l'on le réalise, d'induire habilement en l'Africain, durant tout ce temps, le terrible virus de l'afro - pessimisme, qui jusqu'aujourd'hui gangrène imperturbablement des générations et des générations d'Africains, même grands intellectuels. Y - aurait-il meilleure façon de détruire la force intellectuelle, la conscience d'un peuple que d'entretenir tous les jours en lui le sentiment de la négation soi ? Pourquoi l'Afrique se relèverait-elle de si tôt d'une puce maléfique qu'on lui a méticuleusement inoculée pendant des siècles. Le jeune Noir sera-t-il afro-optimiste, deviendra- il à nouveau lui-même tant qu'il n'aura pas procédé à une épuration mentale de son néocolonialisme ? Jamais, en fait, la maîtrise de soi ne passe par l'assimilation à l'autre, mais bien plutôt par l'aspiration profonde à soi-même.
D'autre part, il doit être définitivement entendu que ce décalage intellectuel Afrique - occident n'est ni un état figé, ni un quelconque ordre d'une quelconque divinité comme d'aucun pourrait penser, même naïvement ou par influence. Qui a dit que Dieu a créé des peuples avec la prédisposition naturelle à asservir, précéder ou guider les autres ? Futilité, non ? Chaque être humain ne manifeste - il pas simplement ce en quoi il croit ? Chacun n'a- t- il pas le pouvoir divin de devenir ce qu'il veut être ? la magie de la patience, de la détermination et de la foi ne suffit-elle pas à modeler la valeur intrinsèque de l'être ? pourquoi se laisser contrôler par des pensées égoïstes à but simplement dominateur, véhiculées par d'autres ? N'est-ce pas là une sorcellerie savante et subtile que la majorité africaine assimile pieusement de l'occident ?
La question a-t- elle véritablement un sens ? Est-il raisonnable de s'évertuer à résoudre un problème à peine bien posé ? Devra-t-on tergiverser à jamais à ce sujet ? La donne n'apparaît-elle pas déjà telle une butée à l'avancée de la pensée africaine moderne ? pourquoi obscurcir ainsi dangereusement l'avenir mental de jeunes africains ? Et s'il s'agissait de rénover les programmes scolaires et universitaires, plutôt que d'espérer vainement, un jour ou l'autre, la délivrance officielle et solennelle d'un certificat de philosophie africaine, à l'Afrique par l'occident ! Et puis, qui gouverne le savoir ? L'occident ou le Dieu univers ? S'auto-gérer n'est-ce pas aussi choisir ses propres options idéologiques ?
Le sort de l'Afrique n'est pas une fatalité, mais un conditionnement mental bien réversible.
Alors, alors, que la caravane passe, gentiment.
Source:http://philo.educamer.org/index.php?p=ps5zf1


Commentaires
Bedoung le 15/01/2008 à 13:29:11Chèr M.KOM Bernard,
J'ai lu avec interêt votre article sur le questionnement de l'éxistence de la philosophie africaine. Ce genre de reflexion peut paraitre dépassé de nos jours. Mais que non!
A l'heure où la globalisation tend à avaler la civilisation africaine où encore de manière trés pernicieuse (comme je l'observe actuellement dans les milieux jeunes), à la reduire au stade du passé, du ringard, ce genre de propos mérite une attention particulière.
Vous êtes enseignant, DIEU merci, j'espère que vous partagez cette embroisie avec vos élèves.
Mes voeux les meilleurs pour l'année 2008
KOM Bernard site : www.centralepanafri.onlc.fr | le 19/01/2008 à 19:07:37
Bien sûr M BEDOUNG que depuis environ sieze années que j'enseigne,j'ai toujours nourri mes promotions d'élèves,les plus jeunes comme les moins jeunes,par cette vision qu'on peut resumer sous le concept de panafricanisme scientifique.L'avenir de l'Afrique ne saurait ne pas passer par une conscientisation sérieuse de sa jeunesse. Merci et a plus.
Bantu brain le 24/01/2008 à 20:24:26
"Une pensée, dans son essence, se trouve être une chaîne plus ou moins harmonieuse d'idées produites par l'esprit humain, une émanation libre du moi supérieur." Monsieur Kom Bernard, croyez vous que toutes les pensees sont harmonieuses?
BEDOUNG le 01/04/2008 à 12:35:29
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Vue par les obsevateurs afro-péssimistes, l'Afrique est une mosaique de misères: guerres, maladies endémiques,pauvreté, immigration, dictature, prédominance de la mauvaise gouvernance etc...
La jeunesse, fer de lance de la nation, est au centre d'un chômage abyssal qui le plonge vertigineusement dans la délinquance, le grand découragement, l'immigration vers l'inconnu, l'angoisse du désespoir, le souci et la peur du futur.
Toutes les politiques de sortie de cet environnement sont orientées vers la lutte conte la pauvreté.
Or, malgré la mise en exergue par tous les acteurs de la société de ce programme, le problème demeure accru et corsé et surtout semble d'une grande faiblesse dans la garantie d'une vie prospère chez les pauvres.
L'urgence de se détourner de cette option se présente dés lors comme une nécessité. Cette politique devrait être revue et corrigée dans le sens de la valorisation et de la redynamisation des sources de production de richesses afin d'aboutir véritablement à l'épanouissement et la prospérité de l'Afrique d'aujourd'hui donc celle de demain.
L'objectif principal est de defaire la jeunesse africaine de la psychose de la crise et d'autre part, l'engager efficacement dans une lutte autre celle du combat contre la pauvreté: le combat pour la création des richesses, la sortie du doute, du désespoir et de l'éxode vers l'inconnu pour le placer absolument et résolument dans la voie de la réussite, du succès donc de l'épanouissement de l'Afrique.
Les autres possedent-ils le monopole de la réussite? Dieu les a t-ils pourvu mieux que l'africain? ou alors, la pauvreté est-elle l'apanage de l'Afrique?
La réponse à ces différentes interrogations est un " niet" catégorique. Non et Non! l'Africain n'est pas différent des autres. Il possedent autant de potentiel voir plus que les autres.
Conscient de cet énorme potentiel des africains, de sa capacité d'élévation et surtout du challenge de la mondialisation qu'il doit faire face, l'urgence de mettre à son service un élèment de reveil et de multiplication de son génie; un élèment de formation de soi-même dans le relèvement du defi du développement de l'Afrique devient nécessaire et indispensable. Cet élèment boostateur est le le journal en ligne: RENAISSANCE@AFRIQUE( avec en sous titre, ensemble, pour la prospérité de l'Afrique) parceque:
1- Toute construction d'aujourd'hui est pour un demain de mieux être,
2- Toute prise de conscience d'aujourd'hui est pour un futur réel de changement dans le progrès
3- et le progrès à l'épanouissement et l'épanouissement de chacun au développement de tous.
C'est dès lors pourquoi, RENAISSANCE@AFRIQUE a pour principale racine:la lutte pour la prospérité de l'Afrique. Dès lors, il s'agit de:
- Créer et réliser le rêve et l'espoir africain,
- recréer chez les africains la confiance source de force,
-Encourager la responsabilité individuelle en se defaisant de la pression communautaire ou du conformisme,
-Développer le potentiel et la vitalité naturels des africains,
-Combattrte l'afro-pessimisme,
-Soutenir toute politique africaine qui valorise l'unité et le développement de l'Afrique.
Pour atteindre tous ces objectifs, RENAISSANCE@AFRIQUE se propose de mettre à la disposition du public les preceptes du succès ( personnal empowerment) car, tout homme est une créature divine. Par conséquent, il est en possession de tous les talents necessaires et indispensables à son épanouissement. Il lui revient donc d'être conscient de ce don et surtout de le fructifier . L'africain est un homme, donc une créature de Dieu et bien béni par celui ci.
Il est donc question, à travers les différentes rubriques:
- Comment réussir tout ce que vous entrprenez,
-Réligion,
-Histoire,
-Succes story ou portrait,
-Ils ont dit,
-L'Afrique bouge, ne soyez pas en reste,
-Courriers du lecteur,
-Le livre du mois,
démontrer qu'une autre Afrique est possible. Autant que les autres au cas où elle ne peut faire mieux, qu'elle peut réaliser les mêmes prouesses que les autres.
Cette problèmatique devrait donc être expliquée et mis en oeuvre d'abord via le net,puissant moyen de communication, puis sur le terrain, dans les entreprises, les associations, les communes, les établissememnts de formations. la certitude de voir l'Afrique réaliser de réelles avancées est évidente dans ce contexte
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