BONA SAWA

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Débat: Non a la révision de la constitution

Débat : Non a la révision de la constitution

 

Simple effet de mode ou simplement distraction d'un peuple apparemment endormi ?

 

Par Me Yondo Black 05 Feb 2008

 

En juin 2005, anticipant sur les événements, comme doivent le faire les hommes politiques, je m'interrogeais à travers un article de presse : Paul Biya Pour L'eternite?... Qui Vivra Verra. Par cet intitulé, je m'amusais sans doute, mais je parlais sérieusement par Qui vivra verra!

L'appel à la révision de la constitution pour permettre à notre cher Président de briguer indéfiniment nos suffrages pour présider aux destinées du pays était déjà lancé par ses fidèles dont le moindre n'était pas Ferdinand Oyono ; Nous sortions à peine d'une élection présidentielle et à cette époque, cet article n'avait suscité aucun intérêt auprès de ceux qui s'agitent aujourd'hui comme si le fait était nouveau et que sa réalisation jetterait le pays aux orties. Pauvre Cameroun !

 

Si aujourd'hui, la démarche peut révolter, sans surprendre, c'est parce que la stratégie utilisée et l'argumentaire servi sont d'une pauvreté affligeante, aucun mécanisme d'évaluation de la mise en œuvre de (ou des) la constitution(s) actuelle(s) n'ayant précédé la démarche pour éventuellement déboucher sur le besoin, fût-il injustifié, de combler un vide juridique ou une faille quelconque.

La limitation de mandats du Président de la République n'est pas une panacée ; elle ne fait pas, par elle seule, du pays un Etat démocratique si d'autres règles de jeu qu'implique la démocratie ne sont ni posées ni respectées, de même, la non limitation de mandats ne fait pas du pays une monarchie si les choix des citoyens s'expriment librement, sans pression ni manipulations de tous ordres. Il y a dans le monde bien de pays qui ne connaissent pas de limitation de mandats et ces pays là ne se portent pas mal sur le terrain de la démocratie.

 

Le passage du Président Biya à une télévision étrangère, France 24, aurait dû être pour le Cameroun un outrage si l'on considère que notre président a préféré un médium étranger pour s'adresser à son peuple, répondant avec considération distinguée à un journaliste étranger comme jamais il ne l'aurait pu avec un de ses compatriotes Plus outrageant, au-delà de l'humiliation, la mise en scène : elle était bien huilée par une sorcière blanche chargée de vendre l'image de marque à la fois du Président Biya et du Cameroun : les questions comme les réponses d'avance préparées ; il s'agissait de faire passer Paul Biya pour un président plus préoccupé par l'urgence qu'il y a de sortir le pays de la gangrène de la pauvreté et en démocrate qu'il serait, de laisser les camerounais ergoter sur les réformes politiques, après tout, peut-on vivre la démocratie sans débats. Seulement, cette savante mise en scène n'a séduit que ceux qui ont choisi d'accompagner le Cameroun dans sa marche vers la mort. ; Il n'y a pas de quoi pavoiser.

Et c'est le lieu de marquer mon étonnement face à l'attitude complaisante de l'ensemble de nos partenaires au développement, et particulièrement les bailleurs de fonds multilatéraux, qui mieux que quiconque ont pu noter que le Cameroun s'est toujours amusé à appliquer leurs recommandations de manière parcellaire, sans compter que les mesures de leur mise en œuvre l'étaient toujours hors délais prévus: ce qui, entre autres, explique les échecs que nous n'avons cessé d'enregistrer.

 

Aujourd'hui, ceux pour qui le passage du Président à France 24 représentait un temps fort par lequel le débat politique au Cameroun est lancé sont des dupes et ne sauraient entraîner dans leur duperie un peuple qui est en débat politique depuis des lustres, bien que privé des éléments fondamentaux de ce débat.

On dit communément que les députés sont des élus du peuple et non des partis ; de ce fait, ils doivent être préoccupés davantage des intérêts du pays que des intérêts partisans ou de leur survie politique personnelle. Des exemples abondent : les élus de l'U.M.P, parti majoritaire au pouvoir en France n'ont-ils pas stoppé la carrière politique de Dominique de Villepein estimant que ses vues dans le monde du travail n'allaient pas dans l'intérêt du pays ? Aujourd'hui, ils ont inscrit dans leur programme politique la revendication contre le gouvernement de la maîtrise par l'assemblée nationale de son ordre du jour, question de marquer la séparation et l'indépendance des pouvoirs. Voilà qui serait une démarche prioritaire pour nos représentants du peuple et l'ensemble de la classe politique à la place d'un débat sur la modification de l'article 6 de la constitution.

 

Comment comprendre qu'au Cameroun, l'assemblée nationale ait voté en son temps la constitution de 1996 qui portait pour le pays création de nouvelles institutions mais qu'elle se soit gardée, à ce jour, d'exiger du chef de l'Etat la mise en place des institutions ainsi créées ?

Comment comprendre que ces députés en viennent aujourd'hui à demander la révision de cette constitution alors que celle-ci n'a pas reçu son entière application, plaçant le pays, chose rare dans l'histoire des institutions, sous le règne de deux constitutions;

Comment comprendre que des leaders de l'opposition dont les partis sont représentés à l'assemblée nationale emboîtent tout le temps le pas à la démarche d'un chef de l'Etat qu'ils disent combattre en tombant chaque fois dans son panneau comme si leurs partis n'avaient pas de programmes politiques dont ils devraient s'employer à chercher des voies et moyens pour leur mise en application?

Sans être donneur de leçon, il serait peut-être urgent que nous intégrions dans notre culture politique le fait que le peuple n'appartient à personne et qu'avant de faire appel à lui, il faut encore que la classe politique expose ses vues et ses choix au grand jour, qu'elle se montre engagée, déterminée et conséquent, sans varier au gré de sordides intérêts.

 

Les problèmes qui préoccupent les camerounais d'aujourd'hui comme ceux de demain sont nombreux, pèle mêle :

= Pouvoir d'achat

= Plein emploi

= Santé pour tous

= Désenclavement de notre arrière pays

= Sanction des écarts de comportements de ceux qui sont chargés de gérer les biens du pays

= Transparence sur les instruments financiers et publication par leurs institutions de la valeur de leurs actifs

= Et j'en passe !

La réforme des institutions ne s'impose comme une urgence que lorsque le pays est bloqué, les institutions en place ayant montré leurs limites. Ceci n'est pas le cas actuellement au Cameroun, puisque ces institutions que le peuple s'est donné par son assemblée nationale ne sont même pas mises en place, et si cela n'offusque pas nos parlementaires au premier rang desquels, on trouve ceux qui font appels à la refonte de la constitution, le peuple lui, ne se sent pas concerné dans cette bataille où l'on ne fait appel à lui que comme un faire valoir. Il a faim, soif de la justice, besoin de se loger, en quête de pouvoir d'achat pour assouvir ses besoins primaires. Que sais-je encore ? De quoi lui parlent les présomptueux acteurs politiques ?

 

Le 1er match qu'a livré le Cameroun au cours de cette 26ème édition de la Coupe d'Afrique des Nations est le parfait reflet des incohérences, des incompétences, et autres incongruités camerounaises dans tous les domaines : éducation, santé, sport, musique, urbanisation, démocratie, morale.

Depuis des lustres, les mêmes maux, les mêmes impréparations, le même non-respect des règles de la FIFA polluent le football camerounais. Et rien n'est fait pour rectifier le tir, les mêmes singes pérorant sur les mêmes arbres. A tout le moins, le non-concerné descendra-t-il de son nuage, le 31 décembre, le temps d'un traditionnel discours, pour décrier les insuffisances qu'il laisse pourtant prospérer dans le but de se garantir l'allégeance d'une cour attachée aux avantages des positions de rente.

Et cet esprit de détachement observé chez le premier magistrat de notre pays a gagné l'ensemble de ses collaborateurs et surtout le premier de ses ministres que l'on a vu lire dernièrement un discours sur la gouvernance d'un ton monocorde et sans conviction aucune…

 

C'est tout dire !

En 1990, après les exploits de notre onze national à la Coupe du Monde de football, le Cameroun avait la possibilité d'obtenir de n'importe quel sponsor un important appui financier pour enfin mener une politique digne de notre notoriété acquise de longue lutte, en développant notamment les infrastructures.

Au lieu de cela, nous avons été servis par des fonctionnaires voyous et autres comparses qui ont confisqué le génie de nos footballeurs au point de le tuer. Adeptes du vaudou et de la flibusterie, ils ont réussi l'exploit de faire oublier à tout un peuple que le fruit du coup de cœur collectif(qui ne se justifiait déjà pas !) a été dévié de sa trajectoire pour prendre la destination d'un compte bancaire privé de la place de Paris, et dont le titulaire vient de faire valoir ses droits à la retraite en toute quiétude.

 

Ce sont tous ces atermoiements qui nous valent aujourd'hui de ne pas pouvoir planifier l'évolution de notre sport-roi envahi par les marchands du temple, au point de ne pas pouvoir choisir un entraîneur digne de ce nom et de nos ambitions, encore moins de lui assigner des missions de long terme.

Ceux qui ont eu le courage de dénoncer cette apathie ont reçu la réponse des hommes bien de chez nous, pleins de cette suffisance dont nous n'avons malheureusement plus les moyens : " le Cameroun est le meilleur en Afrique ". Depuis, les choses se sont dégradées, et les mêmes affirment que " le Cameroun, c'est le meilleur en Afrique centrale ". Il est fort à parier que d'ici peu, toute honte bue, ils bomberont le torse pour dire que " le Cameroun est le meilleur au Cameroun… Parce que tant que Yaoundé respire, le monde vit sans aucun doute.

On les voit d'ici, ces aventuriers, revenir en force, si jamais, dans une espèce de sursaut d'orgueil, les joueurs se reprenaient et renversaient la vapeur. Mais même dans ce cas de figure, l'appréciation demeure : nous nous enfonçons davantage collectivement dans l'échec, et l'avion n'a manifestement plus de pilote.

 

Nous l'avons bien vu lors de ce premier match, débâcle inoubliable : tout le monde connaissait, à quelques noms près, la liste du onze majeur qui devait faire son entrée face à l'Egypte pour nous mettre à l'abri de toute surprise…Tout le monde, sauf le staff technique ! Et à mesure que le temps s'égrenait, ce staff a rapidement étalé ses limites à la face du monde entier. Le détachement était la chose la mieux partagée sur le banc des encadreurs des lions, apparemment ailleurs, nous rappelant par cette attitude, quelqu'un d'autre, de très illustre et plein de grandes ambitions, pour son pays ou pour lui-même? On s'y perd.

Les ¾ de nos joueurs convoqués pour cette compétition ne sont pas titulaires dans leurs clubs respectifs, ce qui d'office les met hors du coup. Mais tout ceci n'est pas nouveau dans notre paysage, où, dans les mêmes proportions, des hommes et des femmes qui occupent des positions de pouvoir ne sont pas à leur place. Mais, le Cameroun, c'est le Cameroun ! C'est vite dit et ça excuse visiblement tout :

= Le rythme lent imprimé à la lutte contre la corruption, avec des gadgets comme l'Anif, la Conac sans feuille de route

= Des membres de conseil d'administration émargeant désormais comme salariés d'entreprises

= Des sociétés, comme la Scdp, qui tournent avec les mêmes dirigeants alors que pour une fois commissaires aux comptes et conseil d'administration ont fait leur travail en décriant la gestion calamiteuse de la Direction Générale

= La circulaire relative à la préparation du budget de la nation paraît lorsque cela enchante qui l'on sait et sans aucun axe fort susceptible de démontrer que la vision et la réflexion en ont précédé la conception

= Un secteur privé, partenaire depuis l'introduction du processus participatif, s'accommodant de cela, pour des raisons évidentes de positionnement personnel

= Une classe politique se terrant dans un mutisme inquiétant, attendant l'heure de passer à la soupe

= Une société civile embryonnaire, se cherchant dans des débats de clochers

On voit donc mal comment une éventuelle révision de la Constitution, du reste inappliquée intégralement depuis bientôt 12 ans, pourrait apporter un quelconque changement à cette situation assimilable à un naufrage collectif.

De défis importants attendent notre pays, et ils sont nombreux. Si les négociations sur les APE captent toutes les attentions pour des raisons évidentes, rien n'est dit sur les principales orientations économiques du pays après juin 2008, date à laquelle nous serons à peu près délivrés des mailles des bailleurs de fonds de qui nous n'avons visiblement rien retenu, surtout en matière d'efficacité de gestion des ressources publiques. A croire que nous allons rapidement retomber dans le cycle infernal de la dette.

 

Ce marasme ambiant, né de la démission de l'ensemble de l'élite appelle un autre constat : nos super diplômés ont tellement passé des années à ne rien faire depuis leur sortie des écoles qu'ils sont devenus professionnellement obsolètes, profondément inaptes à la performance et à la transparence. Encore que beaucoup d'entre eux n'ont fait que du bachotage à l'époque, le temps d'obtenir leur parchemin.

La conclusion qui s'impose est que nous sommes arrivés à la fin d'un système qui a montré toutes ses limites et avec lequel on ne plus espérer bâtir un avenir meilleur pour notre peuple. Le président de la République est lui-même débordé sur son aile droite par une jeune garde boulimique et impatiente de prendre les choses en mains pour perpétrer un régime de gabegie et de perdition.

Si l'après BIYA a commencé dans leur esprit, c'est qu'il y a péril en la demeure, et on ne peut plus s'accommoder de ces petits règlements de compte qui pourrissent l'atmosphère et expose le Cameroun au pire.

Déjà, certains camerounais, manipulés par une certaine presse rêvent du départ du pouvoir de Paul Biya emporté par une maladie à laquelle chacun accorde une ampleur plus moins importante, nous ne saurons souscrire à une cette démarche qui n'a rien de démocratique, s'apparente à la démission et qui humainement, spirituellement et politiquement est inacceptable. Elle serait même dangereuse et ouvrirait la boite de pandore.

Il y a des fatalistes d'un autre genre qui estiment que Paul BIYA tenu par la constitution qu'il a lui-même initiée ne peut pas se représenter et qu'il faut donc laisser le temps au temps avouant ainsi leur impuissance face à un président à qui ils offrent gratuitement la possibilité de ne plus rendre compte comme ils le souhaiteraient pourtant.

 

Dans les deux cas, Paul BIYA reste le gagnant face à un peuple qui n'a cessé de crier sur tous les toits qu'il a mis en lambeaux un pays qu'il a reçu riche et prospère. Dans les deux cas il quittera la scène libre de tout engagement. Quel royal destin que le sien.

Quant à ceux qui se battent pour la non limitation des mandats, ils restent sans doute convaincus que la méthode huilée des manipulations électorales leur assure une réélection automatique de leur homme lige ; mais attention aux lendemains qui chantent. Le réveil d'un peuple apparemment endormi, très souvent, fait mal, très mal.

La revanche pour le peuple pourra s'exprimer à l'occasion d'une de ces élections reconduction qui lui permettra en refusant par un cinglant vote sanction, dicté par un raz le bol, de renouveler sa confiance à celui qui croit que le pays lui appartient comme un legs de ses ancêtres. Paul Biya Pour L'éternité ?...Qui Vivra Verra.

 

Pour l'heure, nous en appelons aux Camerounais de tous bords afin qu'ils prennent en main leur destin, nul ne le fera à leur place, mais attention aux manipulateurs, aux caméléons qui peuvent être à la fois à droite, à gauche et au centre.

En tout état de cause, le scénario le plus regrettable pour le Cameroun serait que Paul BIYA quitte la scène politique triomphant et sans que le peuple lui ait retiré sa confiance. En démocratie, sauf cas d'infraction, on ne met pas un chef d'Etat en prison pour avoir conduit le pays à la ruine, on le désavoue publiquement et officiellement en le lui faisant savoir par un vote sanction massif.. Ce faisant, le peuple aura été maître de son destin et fait la preuve de sa maturité, sans violence ni brutalité.

Le Cameroun, c'est le Cameroun, mais cela vaut pour tout le monde !

 

 Source : Quotidienmutations,2007

 



05/02/2008
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