BONA SAWA

BONA SAWA

MA DEFINITION DU NOM SAWA

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MA DEFINITION DU NOM SAWA

Avec intérêt, j’ai lu les interventions de mes frères Sawa sur la meilleure définition à donner au nom Sawa. loin de s'accorder, elles étalent au grand jour, les limites de la maitrise de notre propre histoire. Pour ma part, la définition la plus fidèle du nom Sawa ne peut venir que du décodage de ce terme. D’où vient-il? À quel peuple ce terme est-il réellement lié ?

Bien que ce nom soit aujourd’hui à l’origine de plusieurs interprétations et que certains estiment qu’il leur est plus lié, sa signification courante serait la plage.

Pourtant, dans un journal de la place, le chef supérieur Esaka Ekwala soutenait : « Sawa veut dire en Douala, la berge, le bord de l’eau. Avant le terme Sawa, on utilisait le terme Coaste State ou côtier en français »1. Le terme Sawa serait-il récent ?

(1)-Pouala culture N° 0028 Août 2006

Lorsque nous nous intéressons de près à l’étymologie du terme Sawa, il ne nous revoit pas à son élément naturel qui est le bord de l’eau. Ce qui semble corroborer les dires de S.M Esaka Ekwala et fait penser à un emprunt récent.

Par ses différentes phonologies, le terme Sawa a plusieurs définitions ; Sa wa., qui serait une déformation de Sa o wa qui veut dire cultive là, danse ici et enfin Sawa qui signifie, paie, rétribution. Même de façon imagée, aucun de ces termes ne renvoit à la plage.

Relevons que pour bon nombre d’intervenants à ce débat, le nom Sawa serait lié au groupe Douala et aux berges du Wouri. Pour être plus précis, certains soutiennent qu’au moment de céder l’espace qui correspond aujourd’hui à la ville de douala aux Bonambèdi, les premiers occupants auraient dit à leurs hôtes ‘’Sa o wa’’ ; cultive là, cultive ici. Ces derniers maitrisaient-ils la langue Kingala (Douala) ?

Relevons qu’au moment où les deux familles (nucléaires) Bonambèdi arrivent par vague sur les berges du Wouri, elles furent intégrées au sein de deux familles Basaa distantes d’au moins 5 kilomètres ; les Bodjongo à Bonadjo, les Bonewalè à Bonewonda. De quel site est-il donc question ici ?

Le terme Sa o wa, renvoit à une terre ferme cultivable et le site qui accueille les Bonambèdi n’étant pas sur le front de mer d’où vient-il aujourd’hui que ce terme renvoie à la plage? Le seul mérite de cette thèse est celui d’orienter la recherche de l’origine du nom Sawa sur les bords du Wouri. Pour le reste, elle est hors sujet. Maintenant, intéressons-nous à l’ origine du mot Sawa.

Dans la langue Batanga, un parler Kingala (appellation d’origine de toutes les langues apparentées à la langue Douala) qui a subi moins d’influence, l’on désigne la plage par le terme Manga. Un terme qui certes ne renvoit pas directement à la plage, mais tout au moins à son environnement. Le terme Manga est composé de ‘’ma’’ un article pluriel (les) et ‘’Nga’’ qui signifie ‘’limite’’, ‘’barrière’’, ‘’fin’’. Le terme Manga renvoit alors à la limite entre la terre et l’eau, tout comme ‘’Dibo’’ (la fin), un terme utilisé pour désigner la plage ou la berge, dans d’autres langues apparentées au Douala.

Chez les Bassa, l’autre grand groupe du littoral Camerounais, le terme pour désigner nommément la plage est inexistant. Pour les Bassa de la Sanaga et le Nyong Kellé, la plage se dit, Ngwang ; un terme qui va dans le sens de ‘’limite’’, ‘’lisière’’. Pour la fraction de ce peuple qui a colonisé en premier l’embouchure du Wouri, la plage se dit, Sengué (cailloux) ou Missèguè (le sable).

Pour dire je pars à la plage, les Basaa du Wouri disaient mi kè i Senguè ou mi kè i Misseguè. Ces termes sont dans leurs transcriptions en Douala à l’origine des noms Bessèkè sur les deux rives du Wouri, du nom Bessenguè à Déido et Essenguè derrière l’aéroport international de Douala. Relevons que pour le même peuple, le quai se dit Dibon, un terme proche de ‘’Dibo’’. Le peuple Bassa dont le passé côtier ne peut être nié maintenant que sa migration est identifiée sur les bords de la mer Rouge (Sana’a et Erythrée), ne pouvait manquer un terme pour désigner la plage. Mais, après un long séjour loin de ce milieu, ce terme semble aujourd’hui perdu.


Pour la langue Bakoko, une autre grande langue de la côte, pour dire je pars à la plage, on dit, ‘’Ma kè a dibon lidjenhè’’ ou ‘’Ma kè a libon Lippamann’’ qui signifie ‘’le grand quai’’. Les Dibongo et les Pongo-Songo qui entourent les Bakoko d’Edéa utilisent le même terme. Or, le quai est loin d’être une plage qui lui est un rivage plat qui se termine en pante pouce.

De tous les noms qui évoquent cet élément, dans les trois langues majoritaires de la côte Camerounaise, seul les Basaa du Wouri et les Bakoko ont un terme qui se rapproche le plus de cet élément ; Dibon. ‘’Bon’’ dans les deux langues veut dire verser, rappelant le déferlement des vagues sur le rivage. Si l’on s’en tient à la définition exacte de la plage, même l’appellation Dibon n’est pas satisfaisante du fait de certains rivages aux pentes abruptes.

Contrairement à ce qui a longtemps été diffusé sur le passé marin de l’un des trois peuples colonisateurs des côtes camerounaises, l’absence du terme qui désigne nommément la plage dans toute la côte camerounaise, tant à prouver que tous viennent des terres intérieures et que c’est sur les côtes Camerounaises qu’ils entrent véritablement en contact avec la mer.

Relevons que le terme Sawa couramment utilisé par les trois principales langues pour évoquer les occupants de la côte camerounaise ne l’est pas lorsqu’il faut nommer la plage elle-même. Vous n’entendrez jamais un Douala ou un Bakweri dire « na malla o Sawa » pour dire je m’en vais à la plage mais, il dira « na malla o dibo » ; Mboa Manga (à Kribi) veut dire, ceux qui vivent sur la plage ou villages de la plage. Il est donc évident qu’à l’origine, aucune des trois langues majoritaires de la côte camerounaise ne désignait la plage par le terme Sawa. Il devient donc impératif aujourd’hui de retrouver l’origine ou la provenance de ce nom avant de lui trouver une quelconque signification sociale.

De l’origine du nom Sawa

La côte camerounaise au moment de sa découverte par le monde extérieur regorgeait de meilleurs mouillages (Kampo, Kribi, Limbe et autres) pourtant, c’est l’actuelle ville de Douala, un site décalé du front de mer qui deviendra le centre de la région, parce que premier endroit sur la côte camerounaise à accueillir un groupe humain ; le peuple Basaa.

Relevons que bien que le peuple qui a colonisé en premier les berges du Wouri soit Bassa par son origine, son nom (Basaa) ne lui vient pas de cette origine mais, de son patriarche; le chef de file du mouvement qui a conduit cette fraction Bassa ici. Connu sous le nom Saa, son peuple est connu aujourd’hui sous le nom Basaa ; ce qui signifie ceux de Saa ou descendants de Saa. Relevons que le seul endroit sur le territoire Bassa du cameroun qui porte le nom Basa est sur les berges du Wouri.

Le patriarche Saa s’étant installé sur la rive droite du Wouri (actuel Bonaberi), c’est cette rive qui prendra en premier le nom Basaa. Plus tard, ce nom va s’étendre sur la rive gauche. Et lorsque le navigateur Joao de Lisboa accoste sur les berges du Wouri au début 16e siècle, il Baptise l’embouchure du Wouri au nom du patriarche ; «Rio de Sa Bartolameu» 1, en souvenir d’une rivière du Brésil. Plus tard, cette embouchure qui compte sept rivières au contact d’autres peuples prendra les noms Biafra, Basha et Monembasha Gatt en souvenir du même patriarche et de son peuple.

(1)- René Gouellain « Douala ville et histoire » p.42


Relevons que l’anse qui part de Kamo à Bakassi est connue aujourd’hui sous le nom Baie de Biafra. Et pour bon nombre de Camerounais, cette appellation reste une énigme. Il faut dire que lorsque les Portugais explorent la côte Ouest-Africaine, ils entrent en contact avec un groupe Bassa du Nigeria (Hibo), qu’ils appellent Biafra par déformation du nom Bassa. Lorsqu’ils abordent les côtes camerounaises et entrent en contact avec le peuple Bassa de l’embouchure du Wouri, ils l’appellent par le même nom ; Biafra, qui deviendra le nom de l’estuaire. C’est donc le groupe Bassa des berges du Wouri qui est à l’origine de l’appellation baie de Biafra de l’embouchure du Wouri.

Monembasha Gatt est l’appellation hollandaise de l’embouchure du Wouri. Il veut dire, embouchure de la ville ou du village Basaa. Sur les documents de la marine française datant de 1750, la ville de Douala était connue sous le nom Basha. Il se trouve donc qu’en dehors du nom Camaroes (cameroun), qui était l’autre appellation de la région, liée aux crevettes trouvées sur les lieux, entre la période Portugaise et hollandaise, l’embouchure du Wouri était exclusivement connue sous les noms liés au groupe Basaa et à son patriarche. A titre de rappel, la période hollandaise prend fin dans la première moitié du 19e siècle, une période qui coïncide avec le mouvement des familles Basaa vers l’intérieur des terres. Il est donc clair que entre l’installation du groupe Bassa et le moment ou les deux rives du Wouri prennent le nom Douala, cette région était connue sous les noms Basaa, Biafra, Basha et Monembasha Gatt ; tous liés au groupe Basaa et à son patriarche. Maintenant que nous avons brillamment démontré que le nom Basaa du groupe Bassa des berges du Wouri vient de son patriarche, intéressons-nous à sa signification.

Saa, dans la langue Bassa signifie ‘’paie’’ ou ‘’rétribution’’. Et il se trouve que dans la langue Kingala (le Douala), Sawa dans l’un de ses tons signifie ‘’paie’’, ‘’rétribution’’. Est-ce une coïncidence ? Nous pensons que non car, ce nom a tout simplement été transcrit dans la langue Kingala (Douala) comme le voulait un usage à l’époque où le Bassa et le Kingala cohabitaient sur les bords du Wouri. Des exemples ?

Le nom du patriarche Longè (le bien), qui a dirigé le groupe Basaa après la mort du patriarche Saa, était « Bwam » pour les locuteurs de langue Kingala. L’un de ses descendants, connu sous le nom Dissow di Longè était le beau père de Bellè. C’est lui qui à permis l’installation des Bonabelè sur la rive droite. Dans la langue douala il est plutôt connu sous le nom Disom la Bwam. Le patriarche Hom (la place) qui est reconnu comme l’un des plus grand Roi des berges du Wouri était connu sous le nom Ewouma et la place du centenaire qui faisait partie de ses terres a conservé pour longtemps le nom ‘’don l’Ewouma’’ (marché d’Ewouma). Le patriarche Hang (la brousse), plus connu sous son nom de fonction Nwanè (Mwanè le chef), était connu sous le nom Angwa…... c’est ainsi que pour la langue Bassa, Ngiyè était Njé, Moulongo était Nwon, Njo le père des Bonadjo était aussi Njé, à l’origine de la confusion entre les deux Mapoka. Il est donc indiscutable que dans l’une de ses significations, Sawa est la transcription du nom Saa dans la langue Douala.

Le patriarche Saa étant la première personnalité de la côte camerounaise, celui qui aura noué les premières relations diplomatiques avec l’extérieur, il a marqué cette région de son empreinte. Dans sa transcription en Kingala, son nom, comme le nom Biafra va lui aussi épouser les contours de la côte camerounaise.

Mais, pour que le nom Sawa s’étende sur toute la région, d’autres contingences que nous n’évoquerons pas ici vont entrer en jeu. Pour s’en imprégner, lire l’ouvrage ; « l’Origine Basaa du Ngondo et du Sawa » des Editions Espoir.

De sa définition sociale

Premier peuple à s’installer sur les côtes Camerounaises, le peuple Bassa peut être considéré comme celui qui aura accueilli les autres. Quand bien même cette assertion pourrait trouver des oppositions, il reste qu’il est celui qui a accueilli les autres sur le site qui fait office de ciment de l’unité des peuples de la côte aujourd’hui (la ville de Douala).

Le groupe Basaa du Wouri dont le nom vient du patriarche Saa, à l’origine regroupait différentes familles venues de la Sanaga. Dans son esprit d’ouverture, ce groupe va accueillir en son sein deux familles Bonambedi et dans sont environnement une fraction Bakoko (sur la dibamba). Ce savant mélange est aujourd’hui à l’origine des Massoso ma Nyambé qui forment les trois pierres sacrées représentant les trois peuples qui portent fièrement le nom du patriarche Saa transcrit dans l’une de ses langues.

A tout seigneur tout honneur. Depuis sa genèse, le nom Saa (Sawa) est un nom rassembleur, un héritage que nous devons préserver. Héritage socio-culturel aujourd’hui, il est le ciment de notre communauté, la conscience de notre regroupement.

Pourtant, la Sawanité, (pour parodier un de nos frères), est aujourd’hui sacrifiée à l’hôtel de nos passions. Par notre ignorance ou le refus de notre passé, les pétales de notre unité se consument au brasier de nos passions. Les voix angoissées de quelques esprits alertés n’y font rien. Comme s’ils obéissaient à l’implacable décret de la fatalité, les Sawa glissent lentement dans un aveuglement obstiné, vers l’accomplissement de leur déchirement. Puisse le ciel nous préserver d’un tel augure ! Mais malheur aux peuples qui ne savent pas lire les signes car ils sont là, les signes.

C’est part ces mots de notre frère Ngwanza Junior que je clôture ma contribution. Mais avant, laissez moi le temps de dire qu’avec l’histoire de cette région qui sort aujourd’hui des abîmes où certains l’avait enfouie, les signes sont là, ils nous interpellent et nous orientent vers la reconstruction de notre peuple dans l’amour, dans la vérité et où, chacun devra reconnaitre la place de l’autre.

« Même enfouis dans les abîmes, les faits historiques ont toujours tendance à sortir des trous ou des eaux pour s’imposer comme vérités définitives ». Ekwe de Logbissou

www.sawabassa.com pour la vraie histoire


Dernière modification le 11-05-2011 à 06:27:32

Dernière modification le 11-05-2011 à 06:28:21
Zorro

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