BONA SAWA

BONA SAWA

JO WILLIAM MASSO, CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS DE LUI.

 

Josy MAUGER,

 Le 04 Juin 2004                

 

 

A cinquante ans passés, il continue de jouer de son charme. C'est sans doute pourquoi il ouvre sans réticence son jardin secret.

 

 Le public vous connaît surtout à travers vos chansons. Qui êtes-vous réellement?

 

Mon nom est Masso Mpessa Geoffroy William. Je suis né ici à Douala à l'hôpital Laquintinie le 4 août 1951. Je suis originaire de Bonabéri où se trouve mon village.

 

Vous avez passé toute votre enfance à Douala ?

 

Oui. Je suis né dans une famille de cinq enfants, deux garçons, trois filles. Dans ma jeunesse, j'étais un garçon très timide, cela inquiétait mes parents. En faisant de la musique, j'ai changé, mais j'ai toujours ce côté timide qui persiste chez moi. J'essaie de faire avec.

 

Qui étaient vos parents?

 

Mon père est mort il y a 10 ans. C'était quelqu'un de sage qui voulait que ses enfants réussissent et soient heureux. Par exemple, il aurait voulu que je devienne comptable comme lui. Nous avons vécu une enfance heureuse du côté de Bonabéri. Là-bas, à l'époque, les gens nous assimilaient à des enfants de Blancs. Nous avions un niveau de vie élevé, c'était merveilleux. Ma mère était timide, le genre de femme soumise comme on en voyait à cette époque. C'est dommage qu'elle soit partie. Je crois que c'est d'elle que je tiens cette timidité.

 

Vous parlez de timidité, et pourtant les gens ici vous trouvent assez alerte…

 

Je ne le pense pas, je suis plutôt craintif. Je ne suis pas difficile comme je l'ai entendu dire maintes fois, mais il faut m'approcher pour me connaître. C'est vrai que je ne vois pas beaucoup de gens, mais je suis assez facile à vivre.

 

Vous êtes apparemment très occupé ?

 

J'ai un chantier à surveiller, un hôtel que je suis en train de construire chez moi à Bonabéri. Je sors et je travaille beaucoup.

 

Trouvez-vous du temps pour votre famille?

 

J'essaie d'être avec mes enfants quand je le peux, je les aime beaucoup. Mais je me rends compte que je perds beaucoup de choses. Le fait de ne pas souvent être chez moi me pénalise. Je m'efforce de donner à mes enfants l'éducation que j'ai moi-même reçue de mes parents. C'est ce qui les aidera à rester sur le droit chemin. J'ai douze enfants. Les trois premières sont en France, je l'ai ai eues avec ma première femme. Avec ma deuxième épouse, j'ai sept enfants. Ma troisième épouse m'en a donné deux. Vous savez, je suis chef de famille et tout bon chef doit avoir beaucoup d'enfants.

 

Vous êtes donc polygame?

 

Oui, mais je vis avec deux femmes, la première est partie.

 

Pour quelles raisons?

 

Dans un ménage, il y a toujours des problèmes. C'est une union qui était vouée à l'échec. Je ne peux en dire plus. On s'est connu à Paris, en 1975. Nous étions étudiants, nous nous sommes mariés cette année-là. Et l'année qui suivait, j'ai eu ma première fille.

 

Quel est votre trait de caractère que vous déplorez le plus ?

 

Je suis très négligent, je l'ai toujours été. Je remets toujours tout à demain, j'essaie de lutter contre ce défaut qui fait que je ne prends jamais les choses au sérieux.

 

Même la musique?

 

(Rires) Je fais de la musique depuis le bas âge. Ma mère chantait dans des chorales et mon père à ses heures de joie écoutait beaucoup la musique. Le virus m'a véritablement piqué au CETIC d'Edéa où j'étudiais. Il y avait un orchestre dans ce collège et nous interprétions beaucoup de chansons. Lors des bals de fin d'année scolaire et les concerts. Je me souviens que lorsque je rentrais à Bonabéri pour les congés, j'allais adresser les Black Styl à Oryx bar. Toto Guillaume, Nkotti François, Emile Kangué y jouaient. A chaque fois que j'essayais de chanter, ce n'était toujours pas très bon, mais je m'efforçais.

 

Et comment avez-vous percé?

 

Après Edéa, j'ai été en stage à EDC, ancienne Sonel. Bien après, je suis allé en France. J'ai rencontré beaucoup d'amis qui faisaient de la musique je les ai suivis. Un jour, Toto Guillaume arrive chez moi et me parle de ce que nous faisions à Bonabéri. A chaque fois qu'on se retrouvait, il ressassait ces souvenirs. A l'époque, je travaillais et continuais à chanter chez moi. Il m'a dit un jour ; " Toi, tu chantes chez toi, pourquoi ne pas sortir un album ? "

 

Et c'est comme cela que vous vous embarquez dans la musique…

 

Oui, je n'en parle pas à mon épouse, puisqu'elle ne voulait pas en entendre parler. Comme tous les vendredis, elle savait que je devais m'éclater, elle me laissait tranquille. Et c'est ces jours de la semaine que j'entrais en studio à son insu bien sûr et c'est finalement ainsi que je sors mon premier album. Je ramène la cassette à la maison toujours sans souffler mot à ma femme. Je mets la cassette, elle me demande si ce n'est pas par hasard moi qui chante. J'avoue, elle apprécie. C'est comme cela qu'elle commence à aimer ma musique. C'était en 1983. Mon thème favori, c'est la femme.

 

Quel sort a connu votre premier album?

 

Oui, mon premier album était un 45 tours qui a très bien marché. C'est cet album qui m'a fait connaître. C'est vrai que je ne voulais pas faire une carrière musicale, faire de la musique un métier. Mais comme ce coup d'essai a marché, j'ai aimé. Je suis resté six ans sans rien faire. Les amis m'ont encouragé à sortir un nouvel album. Je suis entré en studio, j'ai sorti " Lolita" qui a encore fait boum. A cette époque, je travaillais dans une société qui, au bout d'un an, a fermé ses portes. Je me suis alors demandé si je devais rentrer en France ou rester au pays. Finalement, je suis resté à cause de mon père qui était vieillissant. Bien après, j'ai sorti un autre album. Il a beaucoup plu au public mais la promotion n'était pas suffisante.

 

En dehors de la musique, avez-vous une autre passion?

 

Oui, le football. Je jouais beaucoup, mais je n'ai pas intégré un club. J'aurais voulu faire carrière.

 

Vous êtes toujours élégant.

 

Je m'efforce toujours de ne pas décevoir mes fans. Il ne faut pas avoir beaucoup d'argent pour être propre ou pour bien s'habiller. Je suis bien conservé. Aux Etats-Unis, les artistes se font faire des liftings pour rester jeunes. Les gens aiment les voir ainsi. Si un de tes fans te voit négligé, je crois qu'il n'aura plus de l'estime pour toi. Quand on est une vedette, on doit garder sa jeunesse.

 

Quelles relations avez-vous avec vos fans ?

 

Ce qui me choque surtout c'est que les artistes ne peuvent pas passer inaperçu. Parfois c'est un jaloux qui te lance un mot méchant. D'ailleurs, j'évite d'aller dans certains endroits pour que les gens ne me disent pas n'importe quoi. Certains aiment la musique, mais pas l'artiste. J'avoue que parfois, j'aimerais passer inaperçu. Heureusement la majorité des gens sont gentils et je le leur rends bien.

 

Etês-vous pour la polygamie ?

 

Non, je ne crois pas. Mais mon père l'était. Il avait cinq femmes. Pour moi, c'est arrivé sans que je le veuille vraiment. Vous savez, ce n'est pas facile, c'est la pire des choses. Un polygame n'est jamais tranquille, je me demandais souvent dans quel merdier je m'étais enfoncé.

 

Quelle qualité appréciez-vous chez une femme?

 

La douceur, le calme. Pour moi, ma femme doit être ouverte et fidèle.

 

Parce que vous-même vous l'êtes?

 

(Grand éclat de rire) Je m'efforce de l'être. 

 

Source: Cameroon Tribune 

 



22/05/2006
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